ATELIER DE RÉFLEXION SUR LE BACCALAURÉAT : discours intégral du professeur Mary Teuw Niane

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Monsieur le Gouverneur,

Honorables députés,

Monsieur le Secrétaire général,

Monsieur le Directeur général de l’Enseignement supérieur,

Monsieur le Directeur général de la Recherche,

Madame, Messieurs les Recteurs,

Monsieur le Doyen de l’IGEN,

Mesdames, Messieurs les Inspecteurs d’Académie,

Mesdames, Messieurs les chefs d’établissements,

Mesdames, Messieurs les partenaires sociaux,

Mesdames, Messieurs les parents d’élèves et d’étudiants,

Chers collègues enseignants, enseignants chercheurs,

Honorables invités en vos titres, rangs et grades,

Mesdames, Messieurs,

Mesdames, Messieurs,

Il y a de cela dix (10) ans, nous célébrions le bicentenaire du Baccalauréat dans sa forme actuelle. Par décret du 17 mars 1808, Napoléon 1er  organise l’Université, crée les « Palmes universitaires », ou « palmes académiques », afin de « distinguer les fonctions éminentes et de récompenser les services rendus à l’enseignement ». C’est le même décret qui crée le baccalauréat.

Napoléon 1er venait, par cet acte, de parachever une séquence importante de réformes dans l’éducation et la formation qui ont touché le primaire,   les écoles spécialisées, dont l’Ecole polytechnique, qui forme les militaires, ou le Conservatoire National des Arts et Métiers. C’est dans ce cadre qu’ont été restaurées les facultés de Droit, de Théologie et de Médecine, et qu’est créée celle de Sciences.

L’histoire de France est aussi la nôtre. Parce que c’est celle de l’ancienne puissance coloniale qui, sous sa dure férule le plus souvent, nous a imposés des modèles. Je me demande bien s’il s’agit d’un mimétisme volontaire ou d’une contrainte invincible et irrésistible. Mais toujours est-il que le Sénégal, comme tous les pays anciennement colonisés, a son baccalauréat. Et tous ont admis, avec une belle unanimité que rien ne trouble jusqu’à présent, que ce diplôme ne sanctionne pas les années d’études du lycée. Il s’agit, en réalité, du premier grade universitaire. Le texte du 17 mars 1808 le précisait d’ailleurs en ces termes : « les grades dans chaque faculté seront trois : le baccalauréat, la licence, le doctorat ». A ce jour, il n’a pas été remis en cause.

C’est cette filiation historique qui explique et justifie la responsabilité de mon département dans l’organisation et la gestion du baccalauréat alors même que tous ceux qui le passent sont inconnus au fichier – comme disent les policiers – alors même que ceux qui l’évaluent ne dépendent pas de mon département, alors même que je n’ai aucun pouvoir dans la définition des curricula, alors même… etc. etc. Le poids de l’héritage certainement. A l’époque de Napoléon 1er, les jurys étaient exclusivement composés de professeurs d’Universités et une forte prééminence était conférée au bac littéraire – pour utiliser l’apocope consacré -. C’est cet héritage que nous avons recueilli, sans bénéfice d’inventaire et qui nous donne 75 % de littéraires chez les bacheliers qui souhaitent poursuivre des études universitaires. Cet héritage, donc, a imprégné toute la formation dispensée à notre jeunesse. Il continuera encore à orienter les politiques publiques dans l’enseignement supérieur s’il n’est revu. Son Excellence, le Président de la République Macky SALL, nous a engagés, à l’occasion des deux Conseils Présidentiels, l’un sur l’Enseignement Supérieur et la Recherche, l’autre sur les Assises de l’Education et de la Formation à réorienter la formation vers les STEMS et les formations professionnelles. Tout ceci ne sera pas sans conséquence sur le baccalauréat.

L’aventure du baccalauréat démarre, sans doute, au Sénégal avec le premier bachelier noir du Sénégal en 1892. Enfin, nous pouvons en convenir. Les historiens pourront nous apporter leurs lumières à ce sujet. Jusqu’à l’indépendance, l’examen se déroulait dans les mêmes conditions qu’en France. On pouvait passer aussi son Baccalauréat dans les colonies. L’académie de Bordeaux en avait la responsabilité. Plus tard l’Université de Dakar prit le relais sans dégradation de la valeur conférée au diplôme. Les Accords de coopération en matière d’enseignement supérieur entre Le Sénégal et la France  confèrent au titre délivré dans les deux pays une validité équivalente.

Le rappel de cette dimension historique du baccalauréat permet de comprendre toute la valeur symbolique, émotionnelle et sociale de ce diplôme. Il y a, autour de son organisation, une forme de solennité qui mobilise les familles, les pouvoirs publics et les médias. En fait, une sorte de rite initiatique qui sanctionne les études secondaires et qui permet d’accéder aux études supérieures, qui élève ceux qui l’obtiennent à un rang qui a perdu de nos jours son éclat mais qui n’en continue pas moins à être indispensable pour la suite … « passe ton bac d’abord », dit-on.

En réalité, le Bac – je vais utiliser l’apocope d’ores et déjà, non pas par paresse mais en raison d’une consécration linguistique qui allège le propos – c’est le Bac du Sénégal, de tous les sénégalais. Son obtention confère des droits dont la vigueur et la notoriété dépendent des conditions dans lesquelles il est organisé, de la transparence qui imprègne ses procédures et des matières sur lesquelles portent l’évaluation.

Le Bac a connu plusieurs réformes. Quels en ont été les déterminants sociologiques, socioculturels, académiques et même économiques ? S’est-on interrogé sur le lien à établir entre l’obtention du bac, les études supérieures, le marché de l’emploi et les besoins socio-économiques ? Le bac prépare-t-il, les bacs préparent-ils à l’acquisition de savoirs et de savoir-faire dont notre économie a besoin pour atteindre les objectifs d’émergence ?

Les questions soulevées ne sont pas toutes solubles à l’occasion de cette retraite. Mais il est important de savoir qu’elles se posent et qu’elles doivent être traitées pour permettre au système de formation et de recherche-innovation d’être en cohérence avec les curricula des systèmes d’enseignement secondaire et universitaire.

Vous avez commencé vos travaux ce matin sur la base des termes de références qui ont été partagés. Vous aurez beaucoup à faire. Les objectifs de l’atelier sont ambitieux. C’est sans doute la raison pour laquelle les organisateurs ont fait le choix de Saint-Louis pour vous éloigner des bruits et distractions de la capitale. Je me permets, dans le cadre de l’exercice d’un mandat général tacite entre autorités politiques et publiques de Saint-Louis, de vous souhaiter la bienvenue à Saint-Louis du Sénégal – ce que j’aurais dû faire à l’entame de mon discours. Je vous remercie pour tout ce temps consacré au développement au Sénégal, à la formation de sa jeunesse et à une meilleure structuration de son système éducatif.

Pour revenir à notre sujet, cet atelier était en préparation de très longue date. Les hasards des calendriers et les bouleversements des agendas n’ont pas permis qu’il se tienne avant le bac de 2017. Des missions et voyages d’études avaient été organisés au Tchad et au Bénin pour des échanges d’expérience. Les TDR étaient prêts depuis bientôt deux ans. L’atelier fait partie des activités de la réforme. Parce que nous avions conscience que le Bac devait être réformé. Dans sa forme actuelle, il a fait son temps. Mais il fallait préparer cette réforme.

Je tiens à cet égard à remercier Madame le Recteur – ou la Rectrice de l’Université de Thiès – Professeur Ramatoulaye Diagne Mbengue qui a piloté ce projet en tant que conseiller technique au sein de mon département en charge des questions académiques. Je confonds dans ces remerciements l’ensemble des membres du Comité d’organisation au sein duquel le Directeur de l’Office du Baccalauréat a joué un rôle majeur en partageant son expérience dans la gestion de cet examen.

Nous étions – et nous sommes – convaincus que le baccalauréat sénégalais se trouvait à un moment important de son évolution : il devait faire face à des évolutions majeures et était confronté à des difficultés qui avaient pour risque, d’altérer sa crédibilité. Ce sont des problèmes généraux. Et sans perdre de vue la nécessité d’une vision globale du traitement à apporter à ces crises et aux attentes insatisfaites qui les suscitent, mon département a, par rapport à ces problèmes, une perception qui lui est, sans doute, spécifique et qu’il aimerait partager avec la communauté académique nationale. C’est la raison pour laquelle, nous vous avons convié à cet atelier pour échanger autour des questions qui préoccupent le pays. Il est temps de se pencher, sérieusement, sur ces travers et défaillances qui sont entrain de compromettre notre traditionnelle renommée. Un dialogue doit être mené entre le pays et son système éducatif pour une modernisation du baccalauréat au profit de la Nation.

Les fuites de cette année ont quelque peu contrarié nos projets. Il a fallu attendre la stabilisation des procédures administratives et judiciaires en cours pour avoir une claire perception des implications et responsabilités de ce qui, le plus souvent, constitue de la délinquance de droit commun et qui ne met pas en cause l’enseignant es-qualité mais qui incrimine l’individu avec ses turpitudes et son inclination à la malfaisance. Les plaintes déposées contre X ont permis l’ouverture d’une instruction et surtout – c’est essentiel de le souligner car c’est ce qui était recherché – de déterminer les responsabilités et le modus operandi des délinquants. Ces résultats et les attitudes qu’ils induisent ont été intégrés dans les TDR. Il est important, cependant et d’ores et déjà, de réfléchir à un manuel de procédures prenant en charge, notamment, toutes ces petites et grandes indélicatesses qui, si on y prend pas garde, risquent à terme de discréditer le bac et jettent l’opprobre sur ses organisateurs.

J’avoue cependant avoir toutes les raisons d’être satisfait du diplôme et, donc, des enseignants qui ont dispensé le savoir ayant permis de l’acquérir, de ceux qui ont participé aux évaluations et du système mis en place pour l’organiser avec les moyens mis à la disposition des responsables. Finalement, nous ne faisons pas pâle figure hors du Sénégal avec nos bacheliers, surtout ceux de 2017. Mais le mieux est l’ennemi du bien. Et nous ne tiendrons pas longtemps dans ces conditions.

Oui, il faut réformer le Bac. Je ne reviendrai pas sur ce que nous avons à faire. J’avais prévu de participer à cet atelier en tant qu’acteur et enseignant durant ces trois (3) jours. Des obligations aussi inattendues qu’insurmontables m’amèneront à m’absenter. Mais je suis avec une particulière attention les conclusions des différents ateliers et m’engage à en assurer le suivi institutionnel.

Le rendez-vous de Saint-Louis marquera, je n’en doute pas, une étape essentielle dans l’organisation du Baccalauréat sénégalais. Nous construisons pour l’avenir, pour nos enfants et, probablement, les enfants de nos enfants. Que la réforme du Bac soit nécessaire, cela est indiscutable. Quel sens faut-il lui donner ? C’est à ce débat que nous avons convié cet aéropage d’experts d’horizons et de sensibilités différents mais partageant tous un absolu et incorruptible attachement au développement du Sénégal, par l’Education et la Formation.

Je vous remercie de m’avoir écouté. J’espère avoir été entendu.

Et pour respecter le format de cette instance et aussi l’objet de mon intervention et sa dimension protocolaire et politique, je déclare ouvert l’atelier de réflexion sur le Baccalauréat et nous souhaitant, dans la même foulée, bonne continuation et plein succès à nos travaux.

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